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La politesse au travail est-elle devenue un signe de faiblesse ?

Un article publié par L'Express, repris par Orange Actualités, s'interroge sur un drôle de retournement: dans certains cercles de développement personnel, des formules aussi simples que « j'espère…

La politesse au travail est-elle devenue un signe de faiblesse ?

Un article publié par L'Express, repris par Orange Actualités, s'interroge sur un drôle de retournement: dans certains cercles de développement personnel, des formules aussi simples que « j'espère que vous allez bien », « je me permets » ou « désolé de te déranger » seraient devenues des marques de faiblesse, voire des freins à la carrière. Laurence Parisot, ancienne présidente du Medef, a répondu sur X d'une formule lapidaire: « Oui et non. Cela s'appelle la politesse. » Derrière cette petite guerre des mots, il y a surtout une invitation à revisiter ce que la politesse fait à notre corps — et c'est précisément là que la sophrologie a quelque chose à vous dire.

D'où vient ce discours

Plusieurs intervenants, souvent américains, popularisent cette idée sur YouTube et les réseaux: la coach Shira Miller préfère qu'on dise « Merci pour votre patience » à la place d'excuses répétées; Maja Jovanović, qui se présente comme sociologue, voit dans « Désolé, est-ce que c'est un bon moment? » un symptôme de manque d'assurance; Sarthak Ahuja, banquier d'affaires et formateur suivi par près de 300 000 abonnés, recommande de bannir des mails le fameux « J'espère que vous allez bien ». En France, le mouvement reste plus discret, cantonné à quelques « spécialistes » en ligne et à la presse féminine, mais la mécanique est la même: transformer un automatisme relationnel en défaut à corriger. Or un rituel conversationnel n'est jamais qu'un mot — il est aussi un geste, une manière d'entrer en contact.

Ce qu'en dit la linguistique du lien

Interrogée par L'Express, la linguiste Deborah Tannen rappelle que le langage ne se limite jamais à son seul contenu: il remplit une fonction sociale, et c'est précisément cette fonction qui est attaquée. Pour elle, ces formules introductives sont des rituels dont nous avons besoin, au même titre que le « Bonjour, comment allez-vous? » que nous échangeons en croisant un voisin. Cette idée s'inscrit dans la théorie de la politesse développée par les chercheurs Penelope Brown et Stephen C. — un cadre qui considère les petites marques de courtoisie non pas comme des faiblesses à corriger, mais comme des huiles sociales qui permettent à l'échange de démarrer sans friction. Bannir le « je vous prie de m'excuser de vous déranger », c'est un peu comme retirer le paillasson d'une porte: on y entre plus vite, mais on ne s'y sent plus attendu.

Côté pratique: écouter ce que la formule fait au corps

Concrètement, ce débat peut devenir pour vous un terrain d'observation très concret. Avant d'envoyer ce mail ou de pousser la porte d'une réunion, prenez quelques secondes pour écouter ce que dit votre corps au moment où la formule vous vient: est-ce qu'elle apaise une tension dans la poitrine, ou est-ce qu'elle la nourrit? Un simple temps d'ancrage — pieds posés au sol, souffle qui descend lentement dans le ventre — permet souvent de distinguer deux choses très différentes. La politesse vraie, celle qui ouvre un espace de rencontre, qui laisse place à l'autre: elle se reconnaît à un relâchement des épaules, à une voix qui se pose. La politesse défensive, celle qui cherche à se faire tout petit pour éviter le conflit, qui s'excuse d'exister: elle pèse, elle serre le diaphragme, elle finit par épuiser. Vous n'avez pas à choisir entre assurance et courtoisie, ni à trancher entre les coachs américains et Laurence Parisot. Accueillez les deux avec la même curiosité, sans jugement, et laissez votre souffle vous indiquer laquelle vient parler dans l'instant.