Shinrin-yoku : les bienfaits du bain de forêt selon le Dr TJ Malvar
Vogue Philippines consacre un portrait approfondi au docteur TJ Malvar, médecin de santé communautaire aux Philippines, qui pratique et enseigne le shinrin-yoku depuis près d'une décennie.

L'entretien revient sur la genèse japonaise de cette immersion forestière et sur la manière dont ce praticien accompagne aujourd'hui des groupes dans la cime urbaine de Manille. Pour qui cherche à retrouver une attention fine au vivant, le récit conjugue rigueur médicale et observation de terrain.
Une prescription venue du Japon
Le shinrin-yoku — traduit en anglais par forest bathing — ne signifie pas se baigner dans l'eau, mais se prélasser dans la forêt, à la manière d'un bain de soleil. Le docteur Malvar insiste sur ce malentendu initial: lors des premières séances de Forest Bathing MNL, la structure qu'il a fondée en 2021, beaucoup imaginaient encore une baignade en rivière.
Le dispositif trouve son origine au Japon, porté par le ministère de l'Agriculture, des Forêts et des Pêches comme mesure de santé publique. Face au stress et à l'épuisement professionnel, les travailleurs étaient invités à passer du temps sous la canopée. La pratique a ensuite gagné l'Europe et l'Amérique du Nord, où le terme de forest therapy s'est imposé.
Pour le médecin, l'urgence contemporaine est limpide: les écrans et les réseaux sociaux absorbent une part croissante de notre attention et de notre énergie. En contraste, observe-t-il, un mouvement grandissant cherche à débrancher. Les jeunes générations appellent cela « touching grass » — littéralement toucher l'herbe. La forêt devient un contrepoint sensoriel à la saturation numérique.
Ce qui se passe dans le corps
Contrairement à la randonnée, le bain de forêt n'a pas de sommet à atteindre. La consigne tient en une formule simple: adopter une posture d'ici, sans là-bas. Sans destination, le temps s'étire et l'attention se disperse vers les strates du vivant — texture d'écorce, humus, lumière filtrée à travers le feuillage.
Sur le plan physiologique, vingt minutes assis dans un sous-bois suffiraient, d'après ses observations, à faire baisser le cortisol et à augmenter l'activité des cellules Natural Killer, ces cellules immunitaires qui patrouillent l'organisme. L'explication qu'il avance concerne les phytoncides — ces composés aromatiques volatils que les arbres libèrent pour se défendre contre les germes pathogènes, les champignons et les insectes. En respirant le même air, note-t-il, notre propre système immunitaire en capte l'écho.
Le propos reste pragmatique: il ne s'agit pas de sacraliser l'arbre, mais de rappeler que les forêts dégagent en permanence une chimie complexe que nos poumons accueillent à chaque inspiration.
Préparer sa prochaine sortie
Le bain de forêt, rappelle le praticien, n'exige pas de guide professionnel pour être vécu. Il le considère d'ailleurs comme une capacité instinctive de l'être humain — une part d'attention au vivant qu'il faut redevenir intentionnel pour retrouver.
Pour une première exploration, il suggère de rejoindre une séance encadrée: l'activité étant semi-structurée, elle bénéficie d'un cadre défini — parc forestier, sentier nature, lieu riche en végétation. Le déroulé alterne marche lente, pauses d'observation sensorielle et temps d'immobilité assise.
Trois points à vérifier avant de choisir son site: la densité d'arbres (plus la canopée est continue, plus l'air est chargé en composés volatils), l'absence de bruit routier à portée d'oreille (le bain suppose une rupture avec l'agitation), et la possibilité de s'asseoir directement au contact du sol. Le reste relève d'une consigne simple: ralentir, ouvrir les cinq sens, et laisser la forêt imposer son rythme saisonnier.
